Croyances choquantes d’Augustin

Croyances choquantes d’Augustin

« Un homme spirituellement mature ne viendra jamais à vous en exigeant: « Croyez ceci ou cela »; mais il vous demandera de mettre votre vie en accord avec les principes de Jésus. On ne nous demande pas de croire la Bible, mais de croire Celui que la Bible révèle (cf. Jean 5: 39-40) « .~ Chambers Oswald

Si vous découvrez la série « Croyances choquantes« , je vais ouvrir ce billet en citant la préface du premier épisode sur les  Croyances choquantes de C.S. Lewis.

Cela explique pourquoi – précisément – je produis cette série.

Un auteur chrétien bien connu que je respecte beaucoup m’a encouragé à commencer une série sur les croyances choquantes de certains des grands chrétiens qui ont eu une forte incidence sur l’histoire de l’église.

Chaque disciple de Jésus est un brouillon. Au fil du temps, le grand éditeur – le Saint-Esprit – façonne nos vies et nos points de vue. Mais jusqu’à ce que nous voyons le Seigneur et « connaissions comme nous avons été connus, » nous sommes dans un processus.

C’est également vrai pour les chrétiens qui nous ont précédés.

Par conséquent, l’une des erreurs dont nous devons nous prémunir est de rejeter toute la contribution d’une personne parce qu’elle peut défendre (ou avoir défendu) des idées que nous trouvons dures à avaler.

Personnellement, si j’avais exigé que l’opinion de quiconque sur tous les sujets possibles soit identique à la mienne comme condition pour être aidé, c’est que, m’étant trouvé il y a 20 ans, j’aurais à m’excommunier moi-même!

La vérité est que mes opinions sur certains sujets ont changé au fil des ans.

Il en est de même des vôtres.

Une remarque: nous sommes tous dans un processus. Aucun d’entre nous n’a raison sur tout tout le temps. Cela vaut pour tout chrétien qui ait jamais vécu.

Ainsi  en mettant en évidence quelques-unes des « croyances choquantes » de ceux sur les épaules desquels nous nous tenons tous, mon but n’est  pas  de brûler l’effigie de ces gens. Pas plus que de rejeter leur contribution positive à l’histoire de l’église.

Il s’agit plutôt de démontrer que même s’ils ont défendu des opinions qui feraient dresser les sourcils de la plupart des évangéliques aujourd’hui, cela ne bouleverse ni ne nie les idées précieuses qu’ils ont apportées au corps du Christ.

Malheureusement, beaucoup d’évangéliques sont prompts à déprécier – voire maudire – leurs frères et sœurs en Christ pour des offenses doctrinales présumées, même si ces frères et sœurs sont attachés aux credos orthodoxes historiques (Confession des Apôtres, Symbole de Nicée, etc.). Pareilles déconsidération et  damnation peuvent toujours être évitées et cela ne profite à personne dans le Royaume.

Lorsqu’il y a de la diversité dans l’orthodoxie, la grâce doit être manifestée. Tout comme nous voudrions que la grâce nous soit manifestée, puisque aucun d’entre nous ne voit parfaitement (Matthieu 7:12).

Les paroles de Paul de Tarse sont foudroyantes pour nous tous: « c’est partiellement que nous connaissons. . . « (1 Corinthiens 13: 9, AlR).

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur certaines des croyances choquantes d’Augustin.

MAINTENANT RANGEZ VOS FLINGUES ET LISEZ CECI ATTENTIVEMENT AVANT DE CONTINUER: Cette série est écrite pour les évangéliques. Les croyances énoncées ci-dessous ne sont pas nécessairement choquantes pour moi et elles ne surprendront pas des catholiques ou des anglicans. Toutefois, elles seront surprenantes pour de nombreux évangéliques qui prétendent qu’Augustin est l’un des leurs. Vous pouvez lire les autres épisodes de cette série au bas de cet article pour en apprendre davantage sur d’autres personnes influentes de l’évangélisme et certaines de leurs croyances surprenantes. Mais s’il vous plaît gardez à l’esprit le sujet de ce billet- et cette série – qui est indiqué ci-dessus.

août

Il ne fait aucun doute que le christianisme évangélique a une dette énorme envers Augustin. En fait, il y a un large consensus parmi les historiens qu’à côté de Jésus et de Paul, Augustin est la figure la plus influente dans l’histoire du christianisme.

Même le magazine TIME a fait d’Augustin « une force intellectuelle, spirituelle et culturelle majeure » qui continue jusqu’à ce jour.

Même si Augustin était un catholique, de nombreux protestants se réclament de lui, y compris d’innombrables évangéliques.

En fait, l’influence d’Augustin à la fois sur Calvin et Luther (et l’évangélisme moderne) était énorme. Même aujourd’hui, de nombreux théologiens réformés revendiquent Augustin comme l’un des leurs. Et certains historiens ont souligné que la Réforme était essentiellement un triomphe et le renouveau de la théologie d’Augustin.

Augustin était l’évêque d’Hippone en Afrique du Nord aux 4e et 5e siècles. Dans son classique incontesté, La Cité de Dieu , Augustin a répondu à la critique dominante de son époque selon laquelle les chrétiens étaient responsables de la chute de Rome.

La Cité de Dieu  a été écrite sur une période d’environ 13 ans. Principalement en raison des travaux d’Augustin, le paganisme a été tout sauf vaincu. Il a survécu dans le sens pratique comme l’indulgence des appétits charnels, mais comme une religion, il n’a survécu que sous la forme des rites et des coutumes anciennes.

Augustin est l’auteur de plus de 1000 œuvres écrites, y compris 242 livres (tout cela à une époque où les ordinateurs portables, les ordinateurs de bureau, les machines à écrire, et les logiciels de dictée vocale n’existaient pas!).

Il est connu pour avoir écrit la première autobiographie dans l’histoire. Ses Confessions sont toujours considérées comme un classique de nos jours. Fait intéressant, certains des sermons d’Augustin ont été redécouverts récemment dans les années 1980.

Sachant que la Trinité était une pierre d’achoppement pour les intellectuels, Augustin a passé 15 ans sur son travail systématique La Trinité, s’efforçant d’utiliser des analogies humaines pour représenter les trois personnes en un seul Dieu. Les théologiens s’y réfèrent encore aujourd’hui.

Le célèbre historien Will Durant a dit d’Augustin: « il est la voix la plus authentique, la plus éloquente et la plus puissante de l’âge de la foi dans la chrétienté. »

Vivant comme végétarien, Augustin était petit, maigre, de faible stature physique, facilement excité avec une imagination vive et une intelligence brillante. Il est mort à l’âge de 76 ans et n’a laissé aucune volonté, aucun bien, et a écrit sur sa propre épitaphe: « De quoi est fait le cœur du chrétien? Il est un pèlerin et désire retourner vers sa patrie ».

Malgré l’intelligence titanesque d’Augustin, il écrivait avec humilité. Il a admis sans honte que beaucoup de choses sont au-delà de notre compréhension. Et même une étude supplémentaire des Écritures ne peut les résoudre. A cet égard, il a dit:

« Sur les sujets qui sont obscurs et bien au-delà de notre vision, même dans ce que nous pouvons trouver traité dans l’Ecriture Sainte, différentes interprétations sont parfois possibles, sans préjudice pour la foi que nous avons reçue. Dans un tel cas, nous ne devrions pas foncer tête baissée et prendre si fermement  position d’un côté que, si des progrès dans la recherche de la vérité minent justement cette position, nous aussi tombions avec elle. Ce serait là batailler non pas pour l’enseignement de l’Ecriture Sainte, mais pour notre compte, souhaitant que son enseignement se conforme au nôtre, alors que nous devrions souhaiter que le nôtre se conforme à celui de l’Écriture Sainte « .

Une grande partie des écrits d’Augustin sont incroyablement perspicaces, formant la base du meilleur de la théologie évangélique. Cependant, il y a des positions chez Augustin que certains chrétiens évangéliques trouveraient étonnantes, choquantes, ou tout simplement fausses.

Avant de nous lancer dans notre liste, voici quelques-unes des citations les plus pérennes d’Augustin que j’aime.

(Pour les deux d’entre vous qui croyez que les catholiques ne doivent jamais être cités favorablement ou autorisés à approcher les petits enfants ou des animaux domestiques, calmez-vous. Juste parce que j’aime ces citations ne signifie pas que je vais devenir catholique, même si je n’ai personnellement aucun problème avec les catholiques. Je ne souscris pas à la théologie catholique, mais j’ai beaucoup d’amis qui sont catholiques et certains d’entre eux sont parmi les gens les plus pieux de la planète.)

Citations d’Augustin:

« Tu n’es pas obligé de comprendre pour croire, mais de croire pour comprendre. »

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et nos cœurs sont sans repos jusqu’à ce qu’ils trouvent du repos en Toi. »

« Aime, et fais ce qui te plaît. »

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page. »

« La Bible a été composée de telle manière que quand les débutants arrivent à maturité, sa signification croît avec eux. »

« A quoi ressemble l’amour ? Il a des mains pour aider les autres. Il a des pieds pour se précipiter vers les pauvres et les nécessiteux. Il a des yeux pour voir la misère et les besoins. Il a des oreilles pour entendre les soupirs et les peines des hommes. Voilà ce à quoi l’amour ressemble « .

« Si vous croyez ce que vous aimez dans les évangiles, et rejetez ce qui ne vous plaît pas, ce n’est pas à l’Évangile que vous croyez, mais à vous-même. »

« Les miracles ne sont pas contraires à la nature, mais seulement contraires à ce que nous savons de la nature. »

« Puisque vous ne pouvez pas faire du bien à tous, vous devez accorder une attention particulière à ceux qui, par les accidents du temps, du lieu ou des circonstances, sont mis en rapport étroit avec vous. »

« Tomber amoureux de Dieu est la plus grande histoire d’amour; Le rechercher la plus grande aventure; Le trouver, la plus grande réalisation humaine « .

« Mais mon péché est que je recherchais le plaisir, la beauté et la vérité non pas en Lui, mais en moi et Ses autres créatures, et la recherche m’a plutôt amené à la douleur, la confusion et l’erreur. »

« Il n’y a pas de saint sans passé, ni de pécheur sans avenir. »

Maintenant, pour certaines des croyances d’Augustin qui ne vont pas très bien avec les évangéliques:

1. Augustin croyait que le but du mariage c’est la procréation, que la volupté pendant les rapports sexuels – même parmi les chrétiens mariés – était mauvaise.

Dans ses Confessions, Augustin a parlé ouvertement de sa bataille perdue d’avance avec la convoitise sexuelle pendant sa jeunesse. À 32 ans, il a choisi le célibat. Pour Augustin, personnellement, être chrétien signifiait l’abandon du mariage.

Il croyait que tout rapport sexuel, même dans le cadre du mariage chrétien, impliquait la concupiscence (désir coupable, luxure). Quoi qu’il en soit, il n’a pas dénigré le mariage. Il a estimé qu’il était honorable et acceptable. Mais dans son esprit, le célibat était mieux.

Pour sous-tendre son point de vue sur ce sujet, Augustin croyait que le but du sexe dans le mariage c’est la procréation. Même ainsi, il croyait qu’il était pardonnable que les gens mariés jouissent des relations sexuelles sans intention de procréation. Mais il a recommandé l’abstinence sexuelle pour les couples mariés s’ils y consentaient mutuellement.

Ses points de vue sur le sexe et le mariage sont devenus la base d’une grande partie de l’enseignement catholique officiel sur la question.

2. Augustin croyait que l’utilisation de la contraception pour empêcher la procréation pervertissait le but du mariage, « commettant l’adultère dans le mariage » et « transformant la chambre à coucher en une maison close. »

Même s’il parlait dans le contexte d’une certaine doctrine, considérez ce que dit saint Augustin sur la prévention de la naissance des enfants dans le mariage (par la contraception).

« La doctrine selon laquelle la procréation des enfants est un mal s’oppose directement au précepte suivant: « Tu ne commettras point d’adultère »; ceux qui croient cette doctrine sont amenés à commettre l’adultère, même dans le mariage, afin que leurs épouses ne puissent pas concevoir . Ils prennent femme, comme le dit la loi, pour la procréation des enfants; mais à partir de cette crainte erronée de polluer la substance de la divinité, les relations sexuelles avec leurs épouses n’ont pas un caractère légitime; et ils cherchent à éviter la procréation, laquelle est la finalité même du mariage. Comme l’apôtre  l’a prédit de toi il y a longtemps, le mariage t’est interdit, car tu cherches à détruire le but du mariage. Ta doctrine transforme le mariage en une relation adultère, et la chambre à coucher en une maison close. « [1]

3. Augustin croyait que si vous devez enseigner les Écritures, vous devrez avoir des connaissance en biologie, en mathématiques, en musique, en science, en histoire, en arts libéraux, et une maîtrise de la dialectique (la science du débat).

Cela exclurait la plupart des prédicateurs de la Bible et les enseignants d’aujourd’hui. Fait intéressant, malgré son insistance sur la nécessité de maîtriser les sujets académiques, Augustin lisait pauvrement le grec (la langue originelle du Nouveau Testament) et pas l’hébreu. Davantage sur ce sujet plus tard.

4. Augustin croyait que le baptême sacramentel produit la régénération et est nécessaire pour le pardon des péchés.

Sur cette question, le point de vue d’Augustin est en phase avec l’enseignement catholique romain aujourd’hui et historiquement. Quelques exemples:

« Le sacrement du baptême est assurément le sacrement de la régénération. » [2]

« Le baptême lave tout, absolument tout, nos péchés, que ce soit en acte, en parole ou en pensée, que ce soit des péchés innés ou acquis, contractés sciemment ou non . » [3]

« Quand vous aurez été baptisé, conservez une bonne vie dans les commandements de Dieu, afin que vous puissiez préserver votre baptême jusqu’à la toute fin. . . . Le baptême a été institué pour tous les péchés. . . . Dans l’église, par conséquent, il y a trois façons dont les péchés sont pardonnés: par le baptême, par la prière et par la plus grande humilité de la pénitence; pourtant, Dieu ne pardonne les péchés qu’aux baptisés « . [4]

5. Augustin croyait qu’il était permis d’utiliser la force contre les hérétiques.

Le principal exemple ici c’est les donatistes. Les donatistes affirmaient que l’évêque catholique avait été ordonné par un traître spirituel (un qui avait renié la foi sous la persécution). Par conséquent, ils croyaient que traîtres ne méritaient pas de rester les dirigeants de l’église et leur ordination était invalide. Ainsi, les donatistes mirent en place leur propre évêque à Carthage (donatiste) à partir duquel ils ont été nommés.

Augustin a critiqué sévèrement les donatistes et développé sa doctrine de l’Église à partir de ce débat. Dans l’esprit d’Augustin, l’essence de l’église ce sont les gens qui sont en union avec Christ, et non le caractère personnel des chrétiens qui la composent.

Augustin a préconisé l’utilisation de la force contre les donatistes, demandant: « Pourquoi… l’église n’userait-elle pas de la force pour contraindre ses fils perdus à revenir, si les fils perdus ont contraint les autres à leur destruction?  »

Une partie de la raison est que les donatistes usèrent de la violence contre les autres chrétiens. En conséquence, Augustin a exhorté le gouvernement à exercer son pouvoir contre eux vigoureusement, rétractant son point de vue initial selon lequel personne ne doit être contraint à l’unité du Christ, que nous devons combattre uniquement par des arguments et l’emporter par la seule force de la raison.

Dans l’esprit d’Augustin, il valait mieux que quelques donatistes souffrent plutôt que d’être damnés en raison d’un manque de coercition. Dans le même temps, il a plaidé de façon constante que les fonctionnaires de l’Etat n’appliquent pas la peine de mort aux hérétiques.

6. Augustin croyait que la Cène du Seigneur (l’Eucharistie) était nécessaire pour le salut.

A cet effet, il a écrit:

« D’où, cependant, cela venait-il, si ce n’était de cette tradition apostolique, primitive, comme je suppose, par laquelle les églises du Christ l’entretenaient comme un principe inhérent, que sans le baptême et la participation à la Cène du Seigneur, il est impossible pour tout homme d’atteindre soit au royaume de Dieu soit au salut et la vie éternelle? « [5]

7. Augustin croyait que l’aumône et le pardon aux autres étaient nécessaires pour recevoir le pardon de Dieu.

Augustin a insisté sur le fait que la preuve de la grâce dans l’aumône absout des péchés passés. Les péchés présents ou continuels ne sont pas excusés par l’aumône régulière, mais l’aumône est une partie nécessaire d’une repentance convenable. Selon Augustin, Jésus décide qui va entrer dans le Royaume sur la base de cette vertu même (Matt 25: 31-36).

Pour Augustin, l’aumône est multiforme. Nous devons pardonner aux autres qui ont péché contre nous de cœur. Ceci est la norme de Jésus pour notre propre pardon comme indiqué dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 6: 14-15.).

8. Augustin était attaché à une vision dualiste du monde qui était fortement influencée par une philosophie non chrétienne.

Le théologien du troisième siècle Tertullien croyait que la foi et la philosophie humaines n’avaient pas de points de contact. Cette idée a été résumée dans sa fameuse question: « Quel est le rapport entre Jérusalem et Athènes? »

L’oeuvre d’Augustin contenait une réponse féconde.

Augustin était lourdement ancré dans la tradition philosophique classique du platonisme et du néoplatonisme. A cet effet, certains historiens ont dit qu’Augustin a forgé l’esprit médiéval, plus que tout autre auteur.

En fait, les universités européennes fondées au 12ème siècle ont suivi le même programme d’enseignement, tel qu’indiqué dans le livre d’Augustin De la doctrine chrétienne. En bref, ses écrits ont synthétisé la Bible avec l’apprentissage et la culture classiques.

À cet égard, certains historiens ont prétendu qu’Augustin a brouillé la frontière entre le christianisme et le paganisme, mariant la foi et la philosophie et créant un monde dans lequel le paganisme semblait disparaître. (Certains ont fait valoir que le paganisme n’a pas vraiment disparu; il a été simplement vêtu du manteau chrétien.)

Même ainsi, les optiques platoniciennes d’Augustin ont resurgi par Thomas d’Aquin, ajoutant la philosophie d’Aristote au mélange chrétien.

Étant fortement influencé par la secte dualiste des Manichéens (avec qui il a passé 9 ans), Augustin a continué à adopter un point de vue dualiste au sein de sa théologie.

Selon le manichéisme, le physique est mauvais, le spirituel bon. La constitution physique est intrinsèquement pécheresse et impure, l’esprit est lumière et vie. Ainsi les deux sont montés l’un contre l’autre au lieu de voir les choses à travers une mentalité hébraïque, qui considère l’humanité et le monde en termes d’ensembles.

Le dualisme d’Augustin l’a conduit à se retirer de la société pour une vie axée sur la poursuite du spirituel. (La pensée dualiste est la source de l’idée du séculier contre le spirituel.) Ce dualisme a également influencé certaines des idées théologiques d’Augustin. En particulier ses idées sur le sexe. (Notamment que le désir sexuel est un péché et la volupté dans la procréation transmet ce péché.)

9. Augustin croyait qu’une personne peut déchoir de la grâce et perdre son salut.

Alors que certains évangéliques sont d’accord avec cette idée, d’autres sont la désapprouvent amèrement. Augustin a écrit:

« Mais si quelqu’un déjà régénéré et justifié devait, de sa propre volonté, retomber dans sa vie de péché, certainement cet homme ne peut pas dire:« Je ne l’ai pas reçu; parce qu’il a perdu la grâce qu’il a reçue de Dieu et par sa propre liberté de choix est retombé dans le péché « . [6]

« L’homme, par conséquent, a donc été fait droit tel que, bien qu’incapable de rester dans la droiture sans aide divine, il pouvait par sa propre et simple volonté se départir de cette droiture. » [7]

Quand vous aurez été baptisé, conservez une bonne vie dans les commandements de Dieu, afin que vous puissiez préserver votre baptême jusqu’à la toute fin. . . [8]

10. Augustin rejetait une lecture littérale du récit de la création.

Dans son livre, La signification littérale de la Genèse, Augustin a déclaré que les chrétiens qui comprenaient l’histoire de la création littéralement étaient la risée des non-croyants est apparaissaient comme des idiots à leurs yeux. [9]

Parlant d’une création littérale en six jours, Augustin a écrit:

« Il est trop honteux et préjudiciable, cependant, et grandement à éviter, que lui [le non-chrétien] doive entendre un chrétien s’exprimant si bêtement sur ​​ces questions, et supposément en accord avec les écrits chrétiens, qu’il pourrait dire qu’il pouvait à peine se retenir de rire quand il a vu comment ils étaient totalement dans l’erreur. Compte tenu de cela et gardant cela à l’esprit en permanence quand on traite du livre de la Genèse, j’ai, dans la mesure de mes capacités,  expliqué en détail et exposé pour évaluation les significations des passages obscurs, prenant soin de ne pas affirmer avec témérité la signification de quelqu’un au préjudice d’un autre et peut-être une meilleure explication « .

11. Augustin croyait que Marie (mère de Jésus) était perpétuellement vierge et sans péché.

Sur ce sujet, il a écrit:

« Vierge à la conception, vierge en donnant naissance, vierge à l’enfant, mère vierge, vierge pour toujours. » [10]

« La sainte Vierge Marie n’a-t-elle pas  à la fois donné naissance comme une vierge et est restée vierge? » [11]

« Ainsi le Christ en étant né d’une vierge, qui, avant qu’elle sache qui devait naître d’elle, avait décidé de garder sa virginité, a choisi plutôt d’approuver, plutôt que de commander, la sainte virginité. » [12]

« Nous devons excepter la sainte Vierge Marie, au sujet de laquelle je souhaite ne pas soulever la question quand cela touche le sujet des péchés, par honneur au Seigneur; car par Lui nous savons quelle abondance de la grâce pour vaincre le péché en tous a été conférée à celle qui a eu le mérite de concevoir et de Le porter, Lui qui n’avait sans doute pas de péché. Eh bien, alors, si, à cette exception de la Vierge, nous pouvions assembler tous les saints hommes et femmes précédemment évoqués, et leur demander s’ils ont vécu sans péché alors qu’ils étaient dans cette vie, que pouvons-nous supposer que serait leur réponse? [13]

12. Augustin croyait à la prière pour les morts.

Ses paroles:

« Il ne doit pas être mis en doute que les morts sont aidés par les prières de la sainte Église, et par le sacrifice salutaire, et par les aumônes, qui sont offerts pour leurs esprits. . . Pour cela, ce qui nous a été transmis par les Pères, l’Eglise universelle l’observe. « [14]

« La prière, cependant, est offerte pour d’autres morts dont on se souvient. » [15]

« Pour certains d’entre les morts, en effet, la prière de l’église ou des individus pieux est entendue; mais elle est pour ceux qui, après avoir été régénérés dans le Christ, n’ont pas passé leur vie si méchamment qu’ils peuvent être jugés indignes d’une telle compassion, ni si bien qu’ils peuvent être considérés comme ne pas avoir besoin d’elle. « [16]

Trois opinions notables en sus

Considérez ceci comme un appendice car cela n’entre pas dans la section des croyances surprenantes.

Certains érudits et théologiens critiquent Augustin parce qu’il ne pouvait lire que très peu de grec et pas d’hébreu. Alors que lire le grec n’est pas un problème pour les prédicateurs et les enseignants aujourd’hui avec la vaste gamme de traductions précises et de commentaires bibliques grecs à notre disposition (pareil pour l’hébreu), pour un théologien du 4ème siècle qui a influencé majoritairement le catholicisme et le protestantisme, cela représente un gros problème dans l’esprit de certaines personnes.

La raison en est que Augustin a dû compter sur une pauvre traduction latine de la Bible pour bâtir sa théologie. Pour cette raison, certaines des interprétations théologiques d’Augustin ont été remises en question par certains spécialistes. A savoir, ces trois. . .

(1) Augustin et le péché originel

La première opinion dans cet ordre d’idées est la vision augustinienne du péché originel, qui a suscité une grande attention et un débat parmi les évangéliques au cours des dernières années. Augustin n’a pas formulé la doctrine du péché originel, mais il lui a donné une place centrale dans la théologie.

Le péché originel, selon Augustin, était aussi bien une maladie héréditaire qu’un crime. Tous les êtres humains ont péché en Adam et donc tous partagent la culpabilité et le châtiment d’Adam. Pour l’esprit d’Augustin, Adam n’a pas commis sa transgression en dehors du reste de l’humanité. Tous les êtres humains ont péché en lui et même hérité sa prédisposition pécheresse, ainsi que sa culpabilité. Par conséquent, pour Augustin, tout enfant était soumis à la mort éternelle à moins d’avoir été baptisé.

Alors que certains évangéliques tiennent à cette idée du péché originel, d’autres la contestent, croyant que, bien que chaque personne naît avec une nature de péché, sa culpabilité découle de ses actions coupables réelles plutôt que du péché d’Adam.

Certains chercheurs pensent que l’opinion d’Augustin est mal informée parce qu’il utilisait une mauvaise traduction de la Bible pour la bâtir. La traduction latine qu’il a utilisée était trop littérale et ambiguë. Ainsi, affirment-ils, il a mal interprété Romains 5:12. (Voir le commentaire de Douglas Moo sur Romains dans la NICNT pour une excellente discussion sur Romains 5:12 via Augustin, et al.)

À cet égard, l’un des vis-à-vis théologiques les plus féroces d’Augustin était Pélage, le moine breton qui a rejeté l’idée du péché originel. Pélage croyait que la tendance au péché était le libre choix de la volonté de l’homme, pas quelque chose hérité d’Adam. Les idées de Pélage ont été concrétisées par un évêque nommé Julien, qu’Augustin réfute dans son livre, Contre Julien.

Et juste pour ajouter un bout d’anecdote, Charles Finney n’aimait pas l’idée d’Augustin du péché originel (c’est un euphémisme). Dans son style propre, voici ce que Finney a écrit sur l’opinion d’Augustin sur l’incapacité naturelle, le péché originel, et l’idée que les humains ont une nature de péché intrinsèque:

« Cette doctrine est une pierre d’achoppement à la fois pour l’église et pour le monde, infiniment déshonorante pour Dieu, et une abomination pour Dieu et l’intellect humain, et devrait être bannie de toutes les chaires, et de toutes les formules de doctrine et du monde. C’est une relique de la philosophie païenne, qui a été furtivement introduite au milieu des doctrines du christianisme par Augustin, comme tout un chacun peut savoir quiconque prendra la peine de l’examiner par lui-même. « 

En passant, j’espère que Charles ne s’est pas rétracté et nous a dit comment il se sentait vraiment à ce sujet.

(2) Augustin et la justification

Le second point de vue qui est également débattu parmi les évangéliques est aujourd’hui l’idée augustinienne de la justification. Augustin était attaché à une idée appelée la justice impartie opposée à la justice imputée, qui a été défendue par Luther et Calvin. Certains auteurs estiment que Augustin a « gaffé » sur ce sujet et l’ensemble du monde médiéval a suivi sa gaffe pendant mille ans. (John Wesley a jugé que la justice impartie fonctionne en tandem avec la justice imputée tandis que les savants de la « nouvelle perspective » posent le débat dans un contexte éloigné du cadre imparti vs imputé.)

Puisque l’intention de ce billet n’est  pas de provoquer un pugilat doctrinal qui finisse par s’embourber dans les arcanes de la casuistique théologique, je vais laisser là ce sujet et vous pouvez le poursuivre vous-même si cela vous intéresse.

(3) Augustin et l’enfer

Le troisième point de vue que certains évangéliques rejettent aujourd’hui – tandis que d’autres y croient  fermement – est l’idée d’Augustin que l’enfer était un tourment conscient et éternel. Augustin a affirmé que puisque la salamandre peut vivre dans le feu, il en résulte que Dieu peut faire des corps physiques qui sont sensibles à la douleur du feu sans pour autant être détruits par le feu.

Augustin croyait aussi que l’enfer était sous la terre et que les souffrances de l’enfer sont aggravés parce que Dieu continue à aimer les gens en enfer, lesquels ne sont pas en mesure de Lui retourner cet amour.

(Soit dit en passant, s’il vous plaît, ne me demandez pas de vous décrire l’enfer, je n’y suis jamais allé et n’ai pas l’intention d’y aller -grâce au Seigneur Jésus-Christ. Mais quoi que vous supposiez que ce soit, les Écritures sont claires: ce n’est pas un endroit dans lequel vous aimeriez atterrir).

Autres messages de la série avec davantage à venir

Croyances choquantes de Jean Calvin

Croyances choquants de Jonathan Edwards

Croyances choquants de John Wesley

Croyances choquants de CS Lewis

Croyances choquants de DL Moody

SOURCES

[1] Contre Fauste , livre XV, 7 à Pères anténicéens et post-nicéens, Série 1 , Vol. IV.

[2] Le pardon et les justes déserts du péché, et le baptême des enfants , AD 412;1:24:34 2:27:43 et.

[3] Contre deux lettres des pélagiens , AD 420, 3: 3: 5.

[4] Sermon aux catéchumènes sur le Credo , 7:15; 8:16; Jurgens, William A., éditeur et traducteur, La Foi des Pères , trois volumes, Collegeville, Minnesota: Liturgical Press, 1970 et 1979, III, 35. Voir aussi d’Augustin Le Baptême, contre les donatistes.

[5] Le pardon des péchés et le baptême , 1:34 dans Pères anténicéens et post-nicéens Série 1 ,V, 28.

[6] Admonition et Grâce [c. 427], 6,9; Jurgens, William A., éditeur et traducteur, La Foi des Pères, trois volumes, Collegeville, Minnesota: Liturgical Press, 1970 et 1979, III, 157.

[7] Enchiridion de la foi, espérance et l’amour , chapitre 107 Pères anténicéens et post-nicéens Série 1, Vol. III.

[8] Sermon aux catéchumènes sur le Credo 7:15, 8:16; Jurgens, William A., éditeur et traducteur, La Foi des Pères , trois volumes, Collegeville, Minnesota: Liturgical Press, 1970 et 1979, III, 35.

[9] St. Augustin Volume 1: Le sens littéral de la Genèse (Anciens auteurs chrétiens), éd. James H. Taylor.

[10] Sermo 186, 1 [homélie de Noël]; Gambero, Luigi, Marie et les Pères de l’Église: La Bienheureuse Vierge Marie dans la pensée patristique , Thomas Buffer, traducteur, San Francisco: Ignatius Press, édition révisée de 1999, 220.

[11] Sermo Guelferbytanus , 1, 8; Miscellanea Agostiniana , 447-448; Gambero, Luigi, Marie et les Pères de l’Église: La Bienheureuse Vierge Marie dans la pensée patristique , Thomas Buffer, traducteur, San Francisco: Ignatius Press, édition révisée de 1999, 224.

[12] De la sainte virginité , l’article 4; Pères anténicéens et post-nicéens, 1, Vol. III, 418.

[13] Traité sur la nature et la grâce , chapitre 42 [XXXVI]; Pères anténicéens et post-nicéens, Série 1, Vol. V.

[14] Sermon 172 , dans Joseph Berington et John Kirk, la foi des catholiques , trois volumes, Londres: Dolman, 1846; I: 439.

[15] Sermons : 159, 1; Jurgens, William A., éditeur et traducteur, La Foi des Pères , trois volumes, Collegeville, Minnesota: Liturgical Press, 1970 et 1979, III, 29.

[16] La Cité de Dieu , XXI, 24, 2; Pères anténicéens et post-nicéens, Série 1, Vol. II.

De la doctrine chrétienne

Du mariage

Du Baptême, contre les donatistes

De la correction des donatistes

Liberté de la Volonté

La Trinité

La Cité de Dieu

Pères de l’Eglise: Pères anténicéens et post-nicéens, 14 vol. Cet ensemble contient 8 volumes d’écrits d’Augustin.

« Sur Jean, » 15: 4, Patrologiae Completus Cursus: America TV, Fr. JP Migne, Paris, 1855, vol. 35.

Augustin d’Hippone par James J. O’Donnell.

L’Eglise catholique: une brève histoire, par Hans Kung

Saint Augustin d’Hippone par Alexander Sawyer.

L’âge de la foi par Will Durant, chapitre 3.

Augustin d’Hippone par Peter Brown.

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