Frank_Viola_Croyances choquantes de Jean Calvin

Frank_Viola_Croyances choquantes de Jean Calvin

 

 « Le plus grand défi de la dévotion à Jésus c’est le service qui Lui est dû. Il n’est jamais question de ‘faire, faire’ avec le Seigneur, mais d »être, être’ et Il va ‘faire’ à travers vous. La seule façon de rester fidèle à Dieu c’est par un refus obstiné de s’intéresser à l’œuvre chrétienne et de s’intéresser seulement à Jésus-Christ « .

~ Chambers Oswald

Si vous découvrez la série « Croyances choquantes », je vais ouvrir ce billet en citant la préface du premier épisode sur les croyances choquantes de C.S. Lewis.

Cela explique pourquoi – précisément – je produis cette série.

Un auteur chrétien bien connu que je respecte beaucoup m’a encouragé à commencer une série sur les croyances choquantes de certains des grands chrétiens qui ont eu une forte influence sur l’histoire de l’église.

Chaque disciple de Jésus est un brouillon. Au fil du temps, le grand éditeur – le Saint-Esprit – façonne nos vies et nos points de vue. Mais jusqu’à ce que nous voyons le Seigneur et « connaissions comme nous avons été connus », nous sommes dans un processus.

C’est également vrai pour les chrétiens qui nous ont précédés.

Par conséquent, l’une des erreurs dont nous devons nous prémunir est de rejeter toute la contribution d’une personne parce qu’elle peut défendre (ou avoir défendu) des idées que nous trouvons dures à avaler.

Personnellement, si j’avais exigé que l’opinion de quiconque sur tous les sujets possibles soit identique à la mienne comme condition pour être aidé, c’est que, m’étant trouvé il y a 20 ans, j’aurais à m’excommunier moi-même!

La vérité est que mes opinions sur certains sujets ont changé au fil des ans.

Il en est de même des vôtres.

Une remarque: nous sommes tous dans un processus. Aucun d’entre nous n’a raison sur tout tout le temps. Cela vaut pour tout chrétien qui ait jamais vécu.

Ainsi  en mettant en évidence quelques-unes des « croyances choquantes » de ceux sur les épaules desquels nous nous tenons tous, mon but n’est  pas  de brûler l’effigie de ces gens. Pas plus que de rejeter leur contribution positive à l’histoire de l’église.

Il s’agit plutôt de démontrer que même s’ils ont défendu des opinions qui feraient dresser les sourcils de la plupart des évangéliques aujourd’hui, cela ne bouleverse ni ne nie les idées précieuses qu’ils ont apportées au corps du Christ.

Malheureusement, beaucoup d’évangéliques sont prompts à déprécier – voire maudire – leurs frères et sœurs en Christ pour des offenses doctrinales présumées, même si ces frères et sœurs sont attachés aux credos orthodoxes historiques (Confession des Apôtres, Symbole de Nicée, etc.). Pareilles déconsidération et  damnation peuvent toujours être évitées et cela ne profite à personne dans le Royaume.

Lorsqu’il y a de la diversité dans l’orthodoxie, la grâce doit être manifestée.Tout comme nous voudrions que la grâce nous soit manifestée, puisque aucun d’entre nous ne voit parfaitement (Matthieu 7:12).

Les paroles de Paul de Tarse sont foudroyantes pour nous tous: « c’est partiellement que nous connaissons. . . » (1 Corinthiens 13: 9, AlR).

Notez que ces croyances seront « choquantes » pour certains évangéliques, mais pas tous. Certains évangéliques affirment qu’ils ne sont pas choqués ou surpris par quoi que ce soit.

Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur certaines des croyances choquantes de Jean Calvin.

Jean Calvin

Calvin est l’un des pères fondateurs du protestantisme et quelqu’un qui a encore d’innombrables adeptes aujourd’hui. Salué comme un maître théologien, les écrits du réformateur français sont encore d’actualité au 21e siècle.

Calvin était un réformateur de deuxième génération, étant de 26 ans plus jeune que Luther. Avocat de formation, il possédait un esprit vif. Dans tous les sens, Calvin était un intellectuel.

Il a écrit la version originale de sa célèbre Institution de la religion chrétienne quand il avait à peine 27 ans, la mettant à jour tout au long de sa vie. (Certains considèrent l’Institution comme l’ouvrage théologique le plus influent de l’histoire.)

Calvin a quitté l’Eglise catholique romaine en 1530 et a rejoint la Réforme en 1537.

Que vous soyez d’accord avec le système théologique de Calvin ou non, il ne fait aucun doute que Jean Calvin a laissé une marque indélébile sur le christianisme d’aujourd’hui, en particulier l’évangélisme étasunien.

Et comme tous les chrétiens très influents, Calvin a été salué et acclamé, aimé et détesté, adoré et abhorré.

Par exemple. . .

« Parmi tous ceux qui sont nés de femmes, il n’y en a point de plus grand que Jean Calvin; aucune époque avant lui n’a jamais produit son égal, et aucune époque après lui son rival. En théologie, il a une place à part, brillant comme une étoile fixe lumineuse, tandis que d’autres dirigeants et enseignants ne peuvent que se tenir en cercle autour de lui, à une grande distance – comme les comètes se meuvent à travers l’espace – n’ayant rien de semblable à sa gloire ou sa permanence « . . . « plus je vis plus il est clair que le système Calviniste est le plus proche de la perfection. »

~ Charles Spurgeon

 

« Calvin était le dictateur cruel et sans opposition de Genève. »

~ Le Dictionnaire Oxford de l’Église chrétienne

 

« Compte tenu de tous ses défauts, il doit être compté comme l’un des plus grands et des meilleurs parmi les hommes que Dieu a suscités dans l’histoire du christianisme. »

~ Philip Schaff

 

« Le célèbre Calvin que nous considérons comme l’apôtre de Genève s’est élevé au rang de pape des protestants. »

~ Voltaire

Calvin travaillait 12 à 18 heures par jour comme prédicateur, administrateur, professeur de théologie, surintendant des églises et écoles, conseiller, et régulateur de la moralité publique et du culte.

Il est mort à l’âge de 54 ans. Mais il était incroyablement productif. Prolifique depuis le début de sa vingtaine, Calvin prêchait une moyenne de cinq sermons par semaine et il a écrit un commentaire sur presque tous les livres de la Bible.

Ce qui suit n’est pas destiné à débattre de l’éthique ou de la véracité théologique de Calvin. Au lieu de cela, il s’agit de (je me répète ici) montrer que tous les gens qui ont influencé l’église de Jésus-Christ étaient attachés à quelques surprenantes, voire choquantes croyances.

Par conséquent, nous, les chrétiens devrions être beaucoup plus tolérants envers ceux avec qui nous pouvons être en désaccord.

Attention: Si vous osez lire la suite, s’il vous plaît lisez la totalité du billet. Surtout la section « Ne passez pas à côté de l’essentiel » en bas.

1. Calvin croyait que l’exécution des hérétiques impénitents était justifiée.

L’exemple le plus connu est quand Calvin consentit à l’exécution de Michel Servet, un homme qui niait la Trinité et le baptême des enfants. Servet brûla pendant une heure simplement en raison de ses points de vue théologiques.

Les supporteurs de Calvin sont prompts à souligner que le grand réformateur n’a pas exécuté l’homme directement. Il essaya même de persuader Servet de ne pas venir à Genève. Calvin essaya également d’obtenir le repentir de Servet et chercha à obtenir qu’il lui fût accordé une exécution plus humaine (qui était la décapitation au lieu du bûcher).

Même ainsi, Calvin a fait cette remarque au sujet de Servet, montrant qu’il croyait que la mort pour hérésie était justifiable.

« Mais je ne veux pas engager ma parole. Car s’il venait [à Genève], autant que mon autorité ait quelque valeur, je ne souffrirais pas qu’il en sorte vivant. » [1]

Au cours du procès de Servet, Calvin a fait remarquer:

« J’espère que la peine sera capitale. » [2]

Neuf ans après l’exécution de Servet, Calvin fit ce commentaire en réponse à ses détracteurs: « Servet a subi la peine en raison de ses hérésies, mais a-t-elle été de ma volonté? Certainement son arrogance l’a détruit pas moins que pour son impiété. « [3]

Calvin est également cité comme ayant dit: « Quiconque soutiendra qu’on fait tort aux hérétiques et blasphémateurs, les punissant, se rendra à son escient coupable et complice d’un tel crime. On ne nous propose point ici l’autorité des hommes, c’est Dieu qui parle, et voit-on clairement ce qu’il veut qu’on garde en son Église jusques en la fin du monde… ». [3a]

Que vous soyez d’accord avec le point de vue de Calvin ou que vous défendiez ses actions parce qu’il était « un homme de son temps, » de nombreux chrétiens trouvent choquante l’idée d’exécuter les hérétiques.

Ceci nous amène à une autre remarque pour un autre billet, mais envisagez un instant l’idée que le meurtre soit légal à notre époque.

S’il l’était, je pense que nous aurions beaucoup de chrétiens morts qui perdraient la vie du fait d’autres chrétiens pour des offenses doctrinales.

Si vous pensez que j’ai tort, regardez juste la hargne et la haine dans de nombreux forums « chrétiens » en ligne  comme ils se matraquent verbalement sur les interprétations théologiques.

En plus de Servet, Jérôme Bolsec fut arrêté et emprisonné pour avoir contesté Calvin lors d’une conférence, puis banni de la ville. Calvin a écrit en privé sur la question en disant : « j’eusse voulu qu’il [Bolsec] fut pourri en quelque fosse » . [4]

Jacques Gruet était aussi un homme qui était en désaccord avec Calvin. Il considérait Calvin comme un ambitieux hypocrite et hautain. Les administrations de Genève torturèrent Gruet deux fois par jour jusqu’à ce qu’il avoue, et avec l’accord de Calvin, Gruet fut attaché à un poteau, ses pieds cloués au poteau, et sa tête coupée pour blasphème et rébellion.

Pierre Ameaux fut accusé de diffamer Calvin lors d’un rassemblement privé. Il devait payer une amende, mais Calvin n’était pas satisfait de la peine, de sorte que Ameaux passa deux mois en prison, perdit son emploi et fut exhibé à travers la ville à genoux pour confesser sa diffamation, et paya également pour les frais du procès. [5]

2. Calvin croyait que l’Eucharistie donne l’assurance incontestable du salut.

Ressemblant à l’optique catholique romaine, Calvin a déclaré que le sacrement de l’Eucharistie accordait l' »assurance indubitable de la vie éternelle à nos esprits, mais garantissant également l’immortalité de notre chair. » [6]

3. Calvin croyait que l’Église réformée (son église) était la véritable Église et il n’y avait pas de salut en dehors de celle-ci.

Calvin persuada un anabaptiste nommé Herman de quitter les anabaptistes (qu’il considérait comme une secte), et de rejoindre l’église réformée. Il écrivit ce qui suit, qui a une résonance étonnante avec la façon dont les catholiques de l’époque parlaient de l’Eglise catholique romaine:

« Herman est, si je ne m’abuse, de bonne foi retourné à la communion de l’Église. Il a avoué que hors de l’Église il n’y a point de salut, et que la véritable Eglise est avec nous. Par conséquent, c’était une défection quand il appartenait à une secte séparée d’elle « . [7]

4. Calvin croyait qu’il était acceptable de fustiger ses adversaires les affublant de noms vicieux.

Calvin a traité ses critiques avec mépris, les qualifiant de « porcs », « ânes », « racaille », « chiens », « idiots » et « bêtes puantes ». Dans cette veine, Calvin a dit du grand dirigeant anabaptiste, Menno Simons : « Rien ne pourrait être plus fier, ni plus impudent que cet âne. » [8]

5. Calvin croyait que les peines capitales de l’Ancien Testament devraient être appliquées aujourd’hui.

La ville de Genève était gouvernée par le clergé, qui était composé de cinq pasteurs et douze laïcs anciens choisis par le Conseil de Genève. Mais la voix de Calvin était la plus influente dans la ville.

Voici quelques lois et faits au sujet de Genève sous l’autorité de Calvin:

* Chaque ménage devait assister à l’office du dimanche matin. S’il y avait prédication en semaine, tous devaient y participer également. (Il y avait seulement quelques exceptions, et Calvin prêchait trois à quatre fois par semaine.)

* Si quelqu’un venait à l’office après que le sermon avait commencé, il était averti. S’il continuait, il aurait à payer une amende.

* L’hérésie était considérée comme une insulte à Dieu et une trahison à l’Etat et était punie de mort.

* La sorcellerie était un crime puni de mort. En un an, 14 présumées sorcières furent envoyées au bûcher sous l’accusation qu’elles avaient convaincu Satan d’affliger Genève avec la peste.

* Le clergé devait s’abstenir de chasse, de jeu, de fête, de commerce, de divertissements profanes, et devait accepter des visites annuelles et des examens moraux par les supérieurs de l’église.

* Les jeux d’argent, les jeux de cartes, la fréquentation des tavernes, la danse, les chansons impies ou impudiques, l’impudeur dans la vêture étaient interdits.

* La couleur et la quantité autorisée de vêtements et le nombre de plats admissibles à un repas étaient précisées par la loi.

* Une femme fut emprisonnée pour avoir arrangé ses cheveux à une « hauteur immorale. »

* Les enfants devaient recevoir comme prénoms l’appellation de personnages de l’Ancien Testament. Un père rebelle a servi quatre jours en prison pour avoir persisté à nommer son fils Claude au lieu d’Abraham.

* Parler irrévérencieusement de Calvin ou du clergé était un crime. Une première violation était punie par une réprimande. D’autres violations par des amendes. Les violations réitérées étaient frappées d’emprisonnement ou d’exil.

* La fornication était punie par l’exil ou la noyade.

* L’adultère, le blasphème, et l’idolâtrie étaient punis de mort.

* Dans l’année 1558-1559, il y eut 414 poursuites pour des infractions morales.

* Comme partout au 16e  siècle, la torture était souvent utilisée pour obtenir des aveux ou des preuves.

* Entre 1542-1564, il y eut 76 exils. La population totale de Genève était alors de 20 000 âmes.

* La propre belle-fille de Calvin et son gendre furent parmi ceux qui furent condamnés pour adultère et exécutés.

* A Genève, il y avait peu de distinction entre la religion et de la morale. Les annales existantes du Conseil pour cette période révèlent un pourcentage élevé d’enfants illégitimes, d’enfants abandonnés, les mariages forcés, et des peines de mort. [9]

* Dans un cas, un enfant fut décapité pour avoir frappé ses parents. [10] (Selon la loi Mosaïque de l’Ancien Testament, Calvin croyait qu’il était scripturaire d’exécuter les enfants rebelles et ceux qui commettent l’adultère.) [10a]

* En l’espace de 17 ans, lorsque Calvin dirigeait Genève, il y eut 139 exécutions enregistrées dans la ville. [11]

Sabastian Castellion, un ami de Calvin qui l’a exhorté à se repentir de son intolérance, a fait cette remarque choquante:

« Si le Christ lui-même venait à Genève, il serait crucifié. Car Genève n’est pas un lieu de liberté chrétienne. Il est dirigé par un nouveau pape [Jean Calvin], mais un qui brûle des hommes vivants tandis que le pape à Rome les étrangle d’abord ». [12]

Castellion a également fait cette remarque:

« Pouvons-nous imaginer le Christ ordonnant qu’un homme fût brûlé vif pour avoir défendu le baptême des adultes? Les lois mosaïques appelant à la mort de l’hérétique ont été supplantées par la loi du Christ, qui est une loi de miséricorde et non du despotisme et de la terreur « . [12a]

6. Calvin croyait que le peuple juif étaient impie, malhonnête, n’avait pas le sens commun, était avide, et devrait périr sans pitié.

Calvin a écrit: « J’ai eu beaucoup de conversations avec de nombreux Juifs: je n’ai jamais vu soit une goutte de piété ou une once de vérité ou d’ingénuité – que dis-je, je n’ai jamais trouvé de bon sens dans aucun Juif » [13]

Calvin est également cité comme ayant appelé les Juifs des « chiens profanes » qui « sous le prétexte de la prophétie, dévorent bêtement toutes les richesses de la terre avec leur cupidité effrénée. » [14]

Il a également déclaré que « détestable et inflexible roideur de cou mérite qu’ils soient opprimés interminablement et sans mesure ou sans fin et qu’ils meurent dans leur misère sans la pitié de personne. » [15]

7. Calvin croyait que Dieu n’a pas créé tous les êtres humains sur un pied d’égalité, mais a créé certaines personnes pour la damnation éternelle.

Cette idée est connue comme « la double prédestination. » Selon ce point de vue, Dieu prédestine certains au salut et d’autres à la destruction. Quand bien même cette idée ne sera pas choquante pour certains chrétiens, en particulier les calvinistes, l’idée que Dieu a sciemment créé certains individus afin de les détruire éternellement à la fin est choquante pour de nombreux croyants.

Selon Calvin, « la prédestination par laquelle Dieu adopte certains à l’espoir de la vie, et adjuge les autres à la mort éternelle, aucun homme vraiment pieux ne se hasarderait à simplement la nier . . . Par la prédestination, nous entendons le décret éternel de Dieu, par lequel il a décidé avec lui-même ce qu’il voulait qu’il arrive à chaque homme. Tous ne sont pas créés sur un pied d’égalité, mais certains sont prévus pour la vie éternelle, d’autres pour la damnation éternelle; et, en conséquence, comme chacun a été créé pour l’une ou l’autre de ces fins, nous disons qu’il a été prédestiné à la vie ou à la mort. « [16]

Le chapitre 21 du livre III de Jean Calvin  L’Institution de la religion chrétienne  a pour sous-titre « De l’élection éternelle, par laquelle Dieu a prédestiné certains au salut, et d’autres à la destruction. »

Ne passez pas à côté de l’essentiel

Maintenant, avant que quelqu’un n’ait une crise d’apoplexie avec de l’animosité envers Calvin, voici un commentaire à garder à l’esprit à propos de ce billet- et tous les autres dans cette série – par un historien. Je lui ai demandé d’examiner le billet pour son exactitude, avant sa publication.

Je suis entièrement d’accord avec sa remarque sur le contexte, aussi voudriez-vous  mettre tout ce qui précède en perspective.

« Ceci est un billet convaincant et bien documenté. Je me demande s’il est besoin d’un contexte additionnel; c’est à peu près l’époque de l’Inquisition espagnole, par exemple, et Servet força délibérément la main de Calvin en venant à Genève. Calvin l’engagea à renoncer à ses erreurs et lui envoya une copie de L’Institution (à son détriment personnel- les livres étant des denrées rares à l’époque) et dialogua avec lui. Il démontra des soins pastoraux à cet égard.

Genève était un lieu régi par la loi, voire la loi théologique, mais ainsi étaient la plupart de toutes les autres villes européennes. Ce n’était pas une époque agréable. C’était rude. La vie, comme disait Hobbes, était désagréable, brutale et courte. La Genève de Calvin fournissait toutes sortes d’aide pastorale à la ville, et la ville prospéra sous Calvin. C’était aussi un lieu de refuge pour les protestants de toute l’Europe. Genève n’était pas l’exception en ayant des dispositions légales communales difficiles. C’était la règle. La Calvin’s Company of Pastors (Compagnie des Pasteurs de Genève sous Calvin) de Scott Manetsch a une tonne de bonnes connaissances qui pourraient être utiles ici.  »

~ Owen Strachan, Maître de conférences en théologie chrétienne et histoire de l’Église à La Southern Baptist Theological Seminary et Boyce College.

Encore une fois, comme dans tous les billets de cette série, le but n’est pas de mettre les plus grands chefs de file de la foi chrétienne sous un éclairage néfaste ou de déconsidérer leur héritage.

C’est plutôt le contraire.

C’est pour montrer que même les chrétiens les plus influents qui ont changé la vie d’innombrables personnes en bien- Calvin étant l’un d’entre eux – croyaient des choses qui étaient étonnantes, choquantes, et même scandaleuses.

Alors, montrez-vous prudent la prochaine fois que vous rencontrez un autre adepte de Jésus qui ne partage pas toutes vos croyances sur chaque point de doctrine.

Et quand vous êtes tenté de le faire griller lentement à la broche en raison de sa « mauvaise théologie », souvenez-vous de Jean Calvin – l’homme dont Charles Spurgeon disait qu’il avait une théologie presque parfaite – et considérez certaines des autres choses que le grand réformateur croyait.

f.v.

[1] Bonnet et Gilchrist,  Letters of John Calvin: Compiled From the Original Manuscripts and Edited With Historical Notes (Lettres de Jean Calvin: D’après les manuscrits originaux et édités avec Notes historiques) , 02:19.

[2] http://www.the-highway.com/servetus_Boettner.html

[3] La réponse au forçat Baldwin, Opera 9. 575: Responsio ad Balduini Convicia, Opera, IX. 575: “Iustas quidem ille poenas dedit: sed an meo arbitrio? Certe arrogantia non minus quam impietas perdidit hominem. Sed quodnam meum crimen, si Senatus noster mea hortatu, ex plurium tamen ecclesiarum sententia, exsecrabiles blasphemias ultus est? Vituperet me sane hac in parte Franciscus Balduinus, modo Philippi Melanchthonis iudicio posteritas mihi gratitudinem debeat, quia tam exitiali monstro ecclesiam purgaverim. Senatum etiam nostrum, sub cuius ditione aliquando vixit, perstringat ingratus hospes: modo idem Philippus scripto publice edito testetur dignum esse exemplum quod imitentur omnes christiani principes.”cité dans.http://www.ccel.org/a/schaff/history/8_ch16 .htm

[3a]Schaff. Cité dans http://www.ccel.org/ccel/schaff/hcc8.iv.xvi.xxii.html

[4] Lettre à madame de Cany , 1552. Voir aussi The Secret of the Strength (Le secret de la Puissance) par Peter Hoover. Bolsec pensait que l’avis de Calvin sur la prédestination faisait de Dieu l’auteur du mal.

[5] The Constructive Revolutionary (Le révolutionnaire constructive) par Fred Graham, pp 162-169. Will Durant, The Reformation (La Réforme), p. 479.

[6] Institution de la religion chrétienne, 4.17.32..

[7] Les lettres de Jean Calvin , trad. M. Gilchrist, éd. J.Bonnet, New York: Burt Franklin, 1972, I: 110-111.

[8] Philip Schaff se sert des sources en français, etc. dans son Histoire de l’Église chrétienne , tome VIII, p. 594 sqq. Schaff cite ses sources. Pour la citation sur Menno Simons, voir The Secret of the Strength (Le secret de la Puissance) par Peter Hoover, p. 63; Calvin, IV, 176;EDH XII, 592.

[9] Toutes les informations ci-dessus sur Genève peuvent être trouvés dans Will Durant, The Reformation (La Réforme) , pp. 472-476. Durant cite ses sources. Voir aussi Calvin’s Geneva: An Experiment in Christian Theocracy (La Genève de Calvin: une Expérience de théocratie Christienne – publié dans The Radical Resurgence (La résurgence Radicale ) et Calvin’s Geneva: Applied Critical Thinking (La Genève de Calvin:  Pensée critique appliquée – publié dans The Radical Resurgence

[10] Fear of the Word (La peur de la Parole) par Eli Oboler, pp. 60-62.

[10a] Voir http://etb-history-theology.blogspot.com/2012/03/execution-of-child-and-adulterers-in.html

[11] The Church Polity of John Calvin (La politique ecclésiale de Jean Calvin) par Harro Hopfl, p. 136.

[12] Cité dans How the Idea of Religious Toleration Came to the West (Comment l’idée de la tolérance religieuse venue en Occident) par Perez Zagorin.

[12a] Will Durant, The Reformation (La Réforme) , p. 486.

[13] Le commentaire de Calvin de Daniel 2: 44-45 traduit par Thomas Myers, Commentaires de Calvin. Grand Rapids, MI: Eerdmans, 1948, cité dans Lange van Ravenswaay 2009, p. 146

[14] Cité dans Essential Papers on Judaism and Christianity in Conflict (Articles essentiels sur le judaïsme et le christianisme en conflit) par Jeremy Cohen.

[15] A Response To Questions and Objections of a Certain Jew (Une réponse aux questions et objections d’un certain Juif) (Ad quaestiones et objecta Judaei cuiusdam responsio).

[16] L’Institution de la religion chrétienne,  3.21.5. Il convient de noter que de nombreux calvinistes rejettent la double prédestination. Par exemple, Spurgeon et Siméon ont rejeté ce point de vue.

Lien essentiel: Honorer ceux avec qui vous n’êtes pas d’accord

 

Articles récents

Ariel David: Comment les Juifs ont inventé Dieu et l’ont rendu grand

Note liminaire: Cet article est paru dans le journal israélien Haaretz du 13 juin 2016. Il fait suite à une interview de Thomas Römer, Professeur au Collège de France et à l’Université de Lausanne, après une série de conférences données à l’Université de Tel Aviv. Pareil texte est irrecevable, inaudible, inacceptable, voire hostile, quand on a les parties utiles de son cerveau saturées de religion chrétienne. Cela a été le cas pour moi. Ça ne l’est plus, et je me réjouis de pouvoir m’affranchir d’un prêt-à-penser sclérosant et bêtifiant pour poser les questions les plus osées,  par la publication de ce texte.

La Bible, au fond, est le meilleur interprète de la Bible, et il s’y trouve les données viables pour raisonner sur ce que le Proche-Orient nomme « Dieu », et qui suscite l’effroi et la perte de sang froid de ceux qui se sont persuadés que la foi est un substitut à la raison, et ont adopté une mythique et légendaire fable qui leur fait du bien. Il n’empêche, je suis pour ma part persuadé qu’une puissance, nommons-la Dieu, sans lui donner de nom, préside à nos pérégrinations entre les dimensions, les espaces et les temps, exempte des traits de la divinité tribale jalouse et vengeresse des Israélites, désormais mondialisée et normalisée.

 

Comment les Juifs ont inventé Dieu et l’ont rendu grand

Le Dieu de l’Ancien Testament a débuté comme une des nombreuses divinités des anciens Israélites. Il a fallu une crise traumatique pour en faire le créateur tout-puissant du monde.

Par  Ariel David

13 Juin 2016

Juifs, chrétiens et musulmans croient tous en une seule et unique divinité qui a créé les cieux et la terre. Mais s’il était et est le seul dieu, pourquoi Dieu aurait-il besoin d’un nom?

La Bible nous dit explicitement que Dieu en a un, ce qui indique qu’il doit être distingué des autres êtres célestes, tout comme les humains utilisent des noms pour identifier différentes personnes.

Ce que ce nom pourrait être est une autre affaire. L’interdiction judaïque de prononcer le nom de Dieu signifie que sa prononciation correcte a été perdue. Tout ce que nous savons, c’est que la Bible hébraïque l’énonce sous la forme de quatre consonnes connues sous le nom de tétragramme – du grec pour « quatre lettres », qui sont translittérées comme YHWH.

L’existence d’un nom propre pour Dieu est la première indication que l’histoire de Yhwh et de son culte par les Juifs est beaucoup plus compliquée que beaucoup ne s’en rendent compte.

Nous avions confiance en  nos dieux

Les études bibliques modernes et les découvertes archéologiques en Israël et aux alentours montrent que les anciens Israélites ne croyaient pas toujours en un dieu unique et universel. En fait, le monothéisme est un concept relativement récent, même parmi les gens du livre.

Des décennies de recherches sur la naissance et l’évolution du culte de Yhwh sont résumées dans  » L’invention de Dieu « , un livre récent de Thomas Römer, expert mondialement reconnu de la Bible hébraïque et professeur au Collège de France et à l’Université de Lausanne. Römer, qui a organisé une série de conférences à l’Université de Tel Aviv […], s’est entretenu sur le sujet avec Haaretz.

Le vitrail de la cathédrale de Winchester, montrant le tétragramme – le nom mystérieux de Dieu, translittéré en YHWH. Oddworldly, Wikimedia Commons

La source principale pour enquêter sur l’histoire de Dieu est, bien sûr, la Bible elle-même.

La période exacte où le texte sacré juif a atteint sa forme finale est inconnue. De nombreux érudits pensent que cela s’est produit entre l’exil babylonien, qui a commencé après la chute de Jérusalem en 587 avant notre ère (il y a environ 2600 ans), et les périodes ultérieures de domination perse et hellénistique.

Cependant, les rédacteurs de la Bible travaillaient manifestement à partir de traditions plus anciennes, dit Römer.

« Les textes bibliques ne sont pas des sources historiques directes. Ils reflètent les idées, les idéologies de leurs auteurs et, bien sûr, le contexte historique dans lequel ils ont été écrits « , explique Römer.

Toutefois, note-t-il, « vous pouvez avoir des souvenirs d’un passé lointain, parfois très déroutant ou très orienté. Mais je pense que nous pouvons et devons utiliser le texte biblique non pas simplement comme des textes de fiction, mais comme des textes qui peuvent nous raconter des histoires sur les origines. »

Qu’y a-t-il dans le nom de Dieu

Le premier indice que les anciens Israélites adoraient des dieux autres que la divinité connue sous le nom de Yhwh se trouve dans leur nom même . « Israël » est un nom théophorique datant d’au moins 3 200 ans, qui inclut et invoque le nom d’une divinité protectrice.

Selon son nom, le dieu principal des anciens Israélites n’était pas Yhwh, mais El, la principale divinité du panthéon cananéen, qui était vénérée dans tout le Levant.

En d’autres termes, le nom « Israël » est probablement plus ancien que la vénération de Yhwh par ce groupe appelé Israël, dit Römer. « La première divinité tutélaire qu’ils adoraient était El, sinon leur nom aurait été Israyahu. »

La statue dorée d’El lui-même, de Megiddo, 1400-1200 av. Daderot, Wikimedia Commons

La Bible semble évoquer ce culte précoce d’El dans Exode 6: 3, lorsque Dieu dit à Moïse qu’il « est apparu à Abraham, Isaac et Jacob sous le nom d’El Shaddai (aujourd’hui traduit par » Dieu tout-puissant « ) mais ne leur était pas connu par nommez Yhwh.

En fait, il semble que les anciens Israélites n’étaient même pas les premiers à adorer Yhwh – ils semblent l’avoir adopté d’une mystérieuse tribu inconnue qui vivait quelque part dans les déserts du sud du Levant et de l’Arabie.

Le dieu des déserts du sud

La première mention de la tribu israélite elle-même est une stèle de victoire érigée vers 1210 avant notre ère par le pharaon Mernetpah (parfois appelée « la stèle d’Israël »). Ces Israélites sont décrits comme un peuple habitant Canaan.

Alors, comment ce groupe de fidèles cananéens a-t-il été en contact avec le culte de Yhwh?

La Bible est assez explicite sur les racines géographiques de la divinité Yhwh, liant à plusieurs reprises sa présence aux déserts montagneux et aux déserts du Levant méridional. Juges 5: 4 dit que Yhwh « est sorti de Seir » et « est sorti du champ d’Edom. » Habbakuk 3: 3 nous dit que « Dieu est venu de Teman », plus précisément du mont Paran.

Toutes ces régions et ces lieux peuvent être identifiés avec le territoire compris entre le Sinaï, le Néguev et le nord de l’Arabie.

Le penchant de Yhwh pour apparaître dans le récit biblique au sommet des montagnes et accompagné de nuages sombres et du tonnerre, sont également les attributs typiques d’une divinité originaire de la nature, probablement un dieu des tempêtes et de la fertilité.

Des textes égyptiens de la fin du deuxième millénaire soutiennent la thèse selon laquelle le Yhwh serait à l’origine des déserts d’Israël et de l’Arabie. Ils recensent différentes tribus de nomades collectivement appelées « Shasu » qui peuplaient cette vaste région désertique.

L’un de ces groupes, qui habite le Néguev, est identifié comme le « Shasu Yhw (h) ». Cela suggère que ce groupe de nomades a peut-être été le premier à avoir le dieu des Juifs comme divinité tutélaire.

« Il est profondément difficile de faire le tri parmi les couches plus tardives de la Bible, mais dans la mesure du possible, cela reste l’hypothèse la plus plausible pour la rencontre des Israélites avec le culte de Yhwh », déclare David Carr, professeur d’Ancien Testament à l’Union Theological Seminary à New York.

Les nombreux visages de dieu

Comment exactement les Shasu ont fusionné avec les Israélites ou les ont introduit au culte de Yhwh n’est pas connu, mais dès les premiers siècles du premier millénaire, il était clairement vénéré à la fois dans le royaume du nord et dans son plus petit voisin du sud, le royaume de Juda.

Son nom apparaît pour la première fois en dehors de la Bible près de 400 ans après Merneptah, dans la stèle du IXe siècle avant notre ère de Mesha, un roi moabite qui se vante d’avoir vaincu le roi d’Israël et d’avoir « pris les vaisseaux de Yhwh ».

La Stèle Mesha, racontant en alphabet phénicien comment Moab était soumis à Israël, mais l’a finalement vaincu, avec l’aide de son dieu Kemosh. Wikimedia Commons

 

Si le culte de Yhwh était certainement important au début du Premier Temple, il n’était pas exclusif.

« Jérémie parle des nombreux dieux de Juda, aussi nombreux que les rues d’une ville. Il y avait certainement l’adoration d’une divinité féminine, Asherah ou la reine du ciel « , a déclaré Römer à Haaretz. « Il y avait certainement aussi le culte du dieu septentrional de la tempête Hadad (Baal) . »

La pluralité des divinités était telle que, dans une inscription de Sargon II, qui acheva de conquérir le royaume d’Israël à la fin du VIIIe siècle avant notre ère, le roi assyrien déclara qu’après avoir capturé la capitale Samarie, ses troupes avaient ramené « les (statues de ) des dieux dans lesquels (les Israélites) avaient mis leur confiance. « 

À mesure que le culte de Yhwh évoluait et se répandait, il était vénéré dans les temples du pays. Les inscriptions du début du VIIIe siècle trouvées à Kuntillet Ajrud font probablement référence à différents dieux et centres cultuels en invoquant « Yhwh de Samarie et sa Asherah » et « Yhwh de Téman et sa Asherah ». Seulement plus tard, sous le règne du roi Josias à la fin du 7ème siècle avant notre ère, le culte de Yhwh devait centraliser le culte au temple de Jérusalem.

Figurine phénicienne, probablement de la déesse cananéenne Astarté (également connue sous le nom d’Ashera), VIIe siècle av. J.-C. Luis García

Yhwh n’était pas non plus, dans l’ancien Israël, la divinité invisible que les Juifs se sont abstenus de représenter depuis environ deux millénaires.

Dans le royaume d’Israël, comme le racontent Osée 8 et 1 Rois 12: 26-29, il était souvent vénéré sous la forme d’un veau, à l’instar du dieu Baal. (1 Rois 12: 26-29 explique que Jéroboam a fabriqué deux veaux pour les sanctuaires de Bethel et de Dan, afin que le peuple puisse adorer Yhwh et ne devrait pas se rendre à Jérusalem. Par conséquent, au moins en Israël septentrional, les veaux étaient censés représenter Yhwh.)

Pour Römer, à Jérusalem et en Juda, Yhwh prenait plus souvent la forme d’un dieu soleil ou d’une divinité assise. De telles représentations ont peut-être même continué après la destruction de Jérusalem et l’exil babylonien: une pièce frappée à Jérusalem à l’époque perse représente une divinité assise sur un trône à roues et a été interprétée par certains comme une représentation anthropomorphique tardive de Yhwh.

Römer soupçonne même que le Saint des Saints du Premier Temple de Jérusalem et d’autres sanctuaires judahites ont hébergé une statue du dieu, basée sur des Psaumes et des textes prophétiques de la Bible qui parlent d’être admis en présence de « la face de Yhwh ». »

Tous les spécialistes ne sont pas d’accord pour dire que l’iconographie de Yhwh était si prononcée en Juda. Les preuves d’une représentation anthropomorphique « ne sont pas solides », explique Saul Olyan, professeur d’études judaïques et religieuses à l’Université Brown. « Il se peut que des images anthropomorphes de Yhwh aient été évitées de bonne heure. »

Reconstitution de l’histoire ancienne: célébrer, puis insulter et brûler le « veau d’or », Ein Hod, 2005. Ancho Gosh

Le Dieu des Juifs

En tout état de cause, de nombreux érudits s’accordent pour dire que Yhwh n’est devenu le principal dieu des Juifs qu’après la destruction du royaume d’Israël par les Assyriens, vers 720 ans avant notre ère.

Comment ou pourquoi les Juifs sont venus exalter Yhwh et rejeter les dieux païens qu’ils ont également adorés n’est pas clair.

Nous savons qu’après la chute de Samarie, la population de Jérusalem a été multipliée par quinze, probablement en raison de l’afflux de réfugiés venant du nord. Cela a imposé aux rois de Juda de lancer un programme d’unification des deux populations en vue de créer un récit commun. Et c’est peut-être pour cette raison que les écrivains bibliques stigmatisent fréquemment les pratiques cultuelles païennes du nord et soulignent que seule Jérusalem a résisté à l’assaut assyrien – expliquant ainsi la chute embarrassante d’Israël devant l’Assyrie, tout en distinguant l’importance et la pureté de la religion judéenne.

Les réformes religieuses menées par les rois judéens, principalement Ézéchias et Josias, comprenaient l’abolition du culte aléatoire au temple de Yhwh et la centralisation de son adoration au temple de Jérusalem, ainsi que l’interdiction du culte d’Asherah, la compagne féminine de Yhwh, et d’autres cultes païens dans le temple et aux alentours de la capitale.

Les Israélites ne gardent pas la foi

Cette transformation du polythéisme en adoration d’un seul dieu a été littéralement gravée dans le marbre. Par exemple, une inscription dans une tombe à Khirbet Beit Lei , près du fief judéen de Lakish, déclare: « Yhwh est le dieu de tout le pays; les montagnes de Juda appartiennent au dieu de Jérusalem. »

Les réformes de Josiah ont également été inscrites dans le livre du Deutéronome – dont la version originale aurait été compilée à cette époque – et en particulier dans les mots de Deut. 6, qui formera plus tard le Sh’ma Yisrael, l’une des prières centrales du judaïsme:  » Écoute, Israël , YHWH est notre Dieu est notre Dieu, YHWH est un. »

Mais alors que Yhwh était devenu, à l’aube du 6ème siècle avant notre ère, « notre » dieu national, il était toujours considéré comme l’un des nombreux êtres célestes, chacun protégeant son peuple et son territoire.

Cela se reflète dans les nombreux textes bibliques exhortant les Israélites à ne pas suivre d’autres dieux, une reconnaissance tacite de l’existence de ces divinités, explique Römer.

Par exemple, dans Juges 11:24, Jephteh tente de résoudre un différend territorial en disant aux Ammonites que la terre d’Israël avait été donnée aux Israélites par Yhwh, tandis que leurs terres leur avaient été données par leur dieu, Chemosh (« Ce que ton dieu Kemosch te donne à posséder, ne le posséderais-tu pas? Et tout ce que YHWH, notre Dieu, a mis en notre possession devant nous, nous ne le posséderions pas! « )

La calèche solaire, un artefact religieux du culte du soleil datant de l’âge du bronze: la date de naissance choisie pour Jésus coïncide-t-elle avec celle du dieu soleil? Malene Thyssen, Wikimedia Commons

Arracher Dieu de la gueule de la défaite

La véritable révolution conceptuelle ne s’est probablement produite qu’après la conquête de Judah par les Babyloniens et l’incendie du Premier Temple en 587 avant notre ère. La destruction et l’exil subséquent des élites judéennes à Babylone ont inévitablement mis en doute la foi qu’ils avaient mise dans Yhwh.

« La question était: comment pouvons-nous expliquer ce qui s’est passé? », Déclare Römer. Si les Israélites défaits avaient simplement accepté que les dieux babyloniens avaient prouvé qu’ils étaient plus forts que le dieu des Juifs, l’histoire aurait été très différente.

Mais d’une manière ou d’une autre, quelqu’un a proposé une explication différente, sans précédent. « L’idée était que la destruction avait eu lieu parce que les rois n’avaient pas obéi à la loi de Dieu », explique Römer. « C’est une lecture paradoxale de l’histoire: le vaincu dit en quelque sorte que son dieu est le vainqueur. C’est une idée assez intelligente.

« Les Israélites / Judéens ont repris l’idée classique de la colère divine qui peut provoquer un désastre national, mais ils l’ont combinée avec l’idée que Yhwh dans sa colère a obligé les Babyloniens à détruire Juda et Jérusalem », a-t-il déclaré.

Le concept selon lequel Yhwh avait tiré les ficelles des Babyloniens, les obligeant à punir les Israélites, conduisait inévitablement à la conviction qu’il n’était pas seulement le dieu d’un peuple, mais une divinité universelle qui exerce un pouvoir sur toute la création.

Cette idée est déjà présente dans le livre d’Isaïe, considéré comme l’un des premiers textes bibliques, composé pendant ou immédiatement après l’exil. C’est aussi ainsi que les Juifs sont devenus le « peuple élu » – car les rédacteurs de la Bible ont dû expliquer pourquoi Israël entretenait une relation privilégiée avec Yhwh, alors même qu’il n’était plus une divinité nationale, mais le seul vrai Dieu.

Au fil des siècles, à mesure que la Bible a été rédigée, ce récit a été affiné et renforcé, créant ainsi la base d’une religion universelle – une religion qui pourrait continuer à exister même sans être liée à un territoire ou à un temple spécifique. Et ainsi le judaïsme tel que nous le connaissons a été établi, et, finalement, toutes les autres grandes religions monothéistes également.

Ariel David

 

 

 

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