« HOMME DE DIEU », DITES-VOUS?

« HOMME DE DIEU », DITES-VOUS?

Par ntjufen

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Il est un usage répandu, banal, et semblant aller de soi de l’expression « homme de Dieu » que l’on donne volontiers aux personnes consacrées de la galaxie chrétienne, au sein de laquelle, si globalement on reconnaît que Christ est la seule aube lumineuse (Luc 1:78), tous n’en reçoivent pas mêmement la bienfaisante lumière. Car contrairement à quantité de trouvailles dites parfois trop rapidement « chrétiennes », l’expression « homme de Dieu » est éminemment biblique, en ce qu’elle résonne aussi bien dans le texte de la Nouvelle Alliance que dans celui de la Première. Mais à qui doit-elle s’appliquer dans un contexte chrétien?

C’est en se bornant à la simple constatation des usages que l’on peut déterminer que bien des modèles vétérotestamentaires ont souvent la faveur ultime de certains croyants qui y voient la justification de toutes leurs initiatives et de certains privilèges. Ainsi, beaucoup de croyants polygames sont fort aise de brandir les modèles d’hommes approuvés comme David, Salomon, Abraham, Isaac, Jacob, etc. pour valider leur polygamie. Il en est de même de toutes sortes d’écarts sur lesquels la Loi mosaïque s’est prononcée ou non et qui ont constitué des faiblesses (pas si handicapantes que cela) pour les patriarches de la foi.

L’appellation d' »homme de Dieu » se veut une marque de déférence[1], et parfois un témoignage, une reconnaissance basée sur des critères qui, au final, disent la proximité de chacun avec le texte biblique. Et quand on ausculte les usages de cette expression, force est de reconnaître qu’elle vient souvent, dans les milieux qui en font usage, constituer, plus que l’expression d’un témoignage, la garniture laudative qui parachève la vêture en titres divers, l’accessoire verbal, le colifichet courtisan qui dit l’hommage que l’on doit à des chefs spirituels, mieux, des guides religieux.2520150728_lequotidien_dabidjan_1507

À la source du distinguo qui particularise l' »homme de Dieu » des autres il y a toujours la validation de la césure foncière entre d’un côté des personnes sacrées ou consacrées et de l’autre des gens du commun. L’expérience chrétienne procède du continuum mosaïque et prophétique d’Israël et en constitue l’appendice, au sein duquel et avant lequel, la consécration est une affaire particularisante, distinguant ce que l’historiographie postapostolique a improprement appelé « clergé », qui est étymologiquement l’héritage de Celui qui suscite, en tout état de cause, Ses prémisses, du laïcat, le peuple, Son lot.

Pour de nombreux croyants, la distinction laïcat/clergé est une évidence même. Elle découle aussi bien d’un usage ancien et ancré dans quasi[2] toutes les expériences d’église, que d’une lecture particulière[3] des textes qui donnent forme au christianisme. Et pour cause, pour une écrasante majorité de croyants, le christianisme est une religion. Comme le judaïsme. Comme l’islam. Et autant l’islam a ses conducteurs dans les imams, les marabouts, les ayatollahs et autres mollahs, le judaïsme les siens dans les rabbins, le christianisme a pour conducteurs les prêtres catholiques et orthodoxes et les pasteurs protestants. men_of_GodCeux qui conduisent sont le clergé, les bergers, et ceux qui sont conduits les laïcs, les fidèles, les ouailles, les brebis[4]. Et, bien entendu, toute religion qui se respecte entretient un personnel consacré: le clergé. C’est d’ailleurs là un des trois éléments définitoires de la religion qui procède d’une loi et est source de droit:

-lieu (con)sacré (autel, temple, chapelle);

-personnel (con)sacré (religieux);

-sacrifices (sacrements).

À ce compte, il est intéressant d’examiner cet avis émanant d’une fiche Wikipedia tant de fois recopiée sur divers sites internet ; elle transpire soit l’ignorance, soit la manipulation, car nulle part, la description ne correspond à une réalité tangible:

« Les protestants ne connaissent pas de clergé, au sens de personnes que leur fonction séparerait radicalement des fidèles. Chaque protestant se considère comme engagé dans le sacerdoce universel. Martin Luther a développé radicalement ce principe très tôt en affirmant : « le baptême seul fait le chrétien. Tous nous sommes prêtres, sacrificateurs et rois. Tous nous avons les mêmes droits […]. L’État ecclésiastique ne doit être dans la chrétienté qu’une sainte fonction. Aussi longtemps qu’un prêtre est dans sa charge, il paît l’Église. Le jour où il est démis de ses fonctions, il n’est plus qu’un paysan. » (Manifeste à la nation allemande, 1520)

De ce fait, le pasteur, dont le tire officiel est « ministre du saint Évangile », ne saurait être comparé chez les protestants à un prêtre. Pasteur est finalement un nom d’usage, le mot propre est ministre, étymologiquement : serviteur. Le mot latin ministerium « fonction de serviteur [minister], service, fonction » a aussi donné le mot métier. Le pasteur est simplement quelqu’un dont le métier est le service du culte (prédication et sacrements) ainsi que la direction et l’accompagnement d’une Église sur un territoire donné. »

Cet avis émane principalement d’un ouvrage écrit par un universitaire helvétique000516 qui a eu une carrière de formateur de pasteurs, et qui, tout en produisant une défense et illustration du pastorat, donne l’impression trompeuse de questionner ce succédané de la prêtrise catholique. En réalité, Bernard Reymond[5], c’est son nom, vient allonger la liste des avocats commis d’office qui depuis plusieurs siècles, ont tenté avec des fortunes diverses, de poser à la fois l’utilité et la pertinence du « métier » de pasteur. Et c’est donc cette figure du pasteur qui, dans la galaxie Réformée, a porté, et porte le manteau « d’homme de Dieu ».

Aujourd’hui, qui peut prétendre à l’appellation d' »homme de Dieu »?black-hat-god

Le christianisme moderne est bâti sur un mensonge séminal: dans le domaine spirituel, le peuple d’Èlohim comporterait deux composantes, l’une consacrée, le clergé, et l’autre ordinaire, le laïcat. Il y aurait ainsi deux classes, deux types, deux catégories de chrétiens: les premiers sont les héritiers d’une économie des affaires d’Èlohim dans laquelle leurs devanciers ont noms: Elie, Nathan, Moïse, David, etc.; les deuxièmes sont les héritiers de la masse consommatrice de l’action médiatrice des premiers.

Dans l’ancienne économie, il y avait bien deux composantes du peuple d’Israël:

  • Celle des sacrificateurs, des scribes, des prophètes, hommes consacrés, messiés, c-à-d oints, appelés, pour servir de truchement entre Yah et Son peuple;
  • Le peuple, tout-venant puisant dans toutes les catégories de la société israélite, des régnants et leurs familles, aux artisans, hommes de guerre, laboureurs et autres pâtres.

Se peut-il que la survenue de la Nouvelle Alliance dans l’Oint par excellence, Y’shua (Jésus), n’ait pas altéré cette configuration du peuple des croyants en face du Seigneur des seigneurs, du Roi des rois? Où puise-t-on, dans le Nouveau Testament, la justification de l’appellation « homme de Dieu » pour désigner des personnes consacrées, susceptibles, par quelque « vocation singulière », de jouer un rôle de courroie de transmission des oracles du Béni, le Saint d’Israël?

Pour éviter toute divagation, penchons-nous sur les usages de l’expression « homme de Dieu » (Ish HaÈlohim ) dans la Première et dans la Nouvelle alliances.images (1)

Précisons d’emblée que l’expression est exclusivement masculine, dans l’esprit et la lettre. Jamais la prophétesse Déborah du livre femme-de-dieu-exerce-toi-a-la-pietedes Juges (4:4) ne reçoit le titre honorifique de « femme de Dieu ». Autre remarque: jamais dans la Bible, le titre de Ish HaÈlohim (homme de Dieu) ne se double de celui de Ish Ha YeHoWaH (YeHoWaH) (homme de l’Éternel) comme « ange de Dieu » (mal’akh Èlohim) dédouble « ange de l’Éternel » (mal’akh ‘YeHoWaH).

Le texte biblique comporte un peu plus de sept dizaines d’occurrences de l’expression « homme de Dieu » (ish HaÈlohim); pour désigner des personnes connectées à Èlohim comme messager ou truchement de Sa révélation et pouvant être:

-un ange (Juges 13:6,8)

– un prophète (1Rois 13:18, 1Rois 19:16; etc.)

– un voyant (1Sam. 9:9)

– un saint homme (2Rois 4:9)

Laissons à Nikolaus Panagiotis Bratsiotis qui a étudié en profondeur la question le soin d’établir le panorama des usages de l’expression « homme de Dieu » dans le texte biblique:

 » … l’expression « ish ha’Èlohim » est répandue dans la langue vernaculaire populaire (1 Samuel 9: 6 suiv.; 1Rois 17: 18,24; 2Rois 1: 9,11,13; 4: 9,16,25 , 40; 23:17).

Mais aussi le narrateur (1Samuel 2:27; 1Rois, 12:22; 13: 1,4et suiv.; 20:28; 2Rois 4:21; 5: 8,14; 23:16) ou un prophète (1Rois 13:14 26) l’utilise.

Souvent, l' »homme de Dieu » vient avec une parole prophétique à un individu (1Samuel, 2:27 suiv.; 1Rois, 17:14; 2Rois 4: 3, etc.), au roi ainsi qu’aux personnes (1Rois 12: 22 suiv.; de 13: 1 et suiv.; 17:11 .; 20:28; 2Rois 1:16).

Il est l’envoyé de Dieu (comme il est expressément indiqué dans 1Rois 12: 22 suiv.; 17: 2 suiv., 8f .; 2Rois 1:15; cf. également 1Samuel 2:27; 1Rois13: 1 suiv.; 20:28; 2Rois3: 17f), qui, comme un ange (Juges 13: 3 suiv.), apparaît et disparaît soudainement (1Samuel 2:27; 1Rois 20:28), mais aussi peut rester (1Samuel 9: 6 suiv.; 1Rois 12: 22; 13: 1 et suiv .; 17: 17 suiv.; 2Rois 4: 9 suiv.) Très souvent, l’expression « homme de Dieu » apparaît avec nabhi’, « prophète »(cf. 1Samuel 9: 6 suiv., avec le v. 9, où ro’eh « voyant » et nabhi’  apparaissent; 1Rois 17:18, 24 avec 19:16, où nabhi ‘apparaît) « Homme de Dieu » est même assimilé à « prophète » (1Rois 13:18, mais cf. 1Rois 20:28, où un « homme de Dieu » apparaît à côté d’un nabhi’ en 20:13,22, et à côté des nebhi’im, « prophètes » en 20:35). 1Rois 19:16f, 19 suiv. parle de l’appel d’un homme qui sert depuis longtemps comme disciple d’un « homme de Dieu », pour devenir seulement plus tard un « homme de Dieu » lui-même (1 Rois 19: 20f ; 2Rois 2:2 suiv.). Pourtant, bien souvent les « hommes de Dieu » sont des « prophètes » (ils y sont assimilés dans 1Rois 19:16; 18:22). En outre, « homme de Dieu » apparaît en relation avec ruach, « esprit » (2Rois 2: 9 suiv.) et est reconnu comme un « saint homme » (קדוש qadhôsh, 2Rois 4: 9). En outre, l’Ancien Testament indique que les « hommes de Dieu » refusaient fermement d’accepter tout cadeau pour avoir guéri des gens, etc. (1Rois 13: 7 suiv.; 2Rois 5:15 suiv.; cf Juges 13: 7 et suivants; contre 1Samuel 9: 7 suiv., 10). Parfois, il semble être largement connu  qu’un certain homme est un ish ha’Èlohim (une auto-appellation dans 2Rois 1: 10,12; cf. 1Rois 13:14), ceci nous aide à comprendre pourquoi un tel homme a eu le courage de comparaître devant le roi. L' »homme de Dieu » apparaît souvent comme un thaumaturge, soit par la commission expresse de Dieu (1Rois 17: 14 suiv.; 2Rois 2: 21suiv.; 4:43; cf. 1Rois 13: 4) ou apparemment de sa propre autorité (2Rois, 2: 8,14; 4:16 suiv.). Dans ce dernier cas, il exerce ses miracles par la puissance de Dieu (1Rois 13: 6; 17: 20 suiv.; 2Rois 4:33 suiv.), ou tout simplement en prophétisant (2Rois 1: 10,12; 2:10; 4: 4 suiv.; 5: 10 suiv.) La malédiction d’un « homme de Dieu » provoque une maladie incurable (5:27) et même la mort (2:24 suiv.). »[6]

Ainsi, l' »homme de Dieu » est un truchement, une courroie de transmission des messages d’Èlohim aux humains. Dans le contexte spécifique de la religion de Moïse (antérieure au judaïsme et au christianisme), où opère une classe d’hommes consacrés, l’homme de Dieu est un actant de premier plan qui préfigure pourtant l’homme vivant par la vie de son Èlohim qui lui fait une promesse solennelle: « Et maintenant, si vous écoutez attentivement ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez en propre d’entre tous les peuples; car toute la terre est à moi; et vous me serez un royaume de sacrificateurs, et une nation sainte. Ce sont là les paroles que tu diras aux fils d’Israël. » Exode 19:5-6

La césure foncière entre la Nouvelle et la Première Alliance comporte un élément discriminant qu’est l’extension du domaine du sacré et de la sacrificature à tous les compartiments de la vie du croyant. En somme, la promesse d’Exode 19:5-6 même si elle conserve un côté hypothétique qui disait la part de ce peuple toujours rétif et infidèle, demeure quand même riche de l’avenir et de l’espérance du seul troupeau (Jean 10:16) assemblé par le Bon berger, Y’shua. Car la voie du prophète Jérémie énonce un changement fondamental:

Voici, des jours viennent, dit YeHoWaH , et j’établirai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une nouvelle alliance, non selon l’alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, mon alliance qu’ils ont rompue, quoique je les eusse épousés, dit YeHoWaH. Car c’est ici l’alliance que j’établirai avec la maison d’Israël, après ces jours-là, dit YeHoWaH : Je mettrai ma loi au dedans d’eux, et je l’écrirai sur leur cœur, et je serai leur Èlohim, et ils seront mon peuple; et ils n’enseigneront plus chacun son prochain, et chacun son frère, disant: Connaissez YeHoWaH ; car ils me connaîtront tous, depuis le petit d’entre eux jusqu’au grand, dit YeHoWaH ; car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché.(Jérémie 31:31-34)

C’est bien de cette Alliance nouvelle qu’il est question lorsque la veille de Son sacrifice au Golgotha, Y’shua dit l’intitulé de l’ère nouvelle:  » Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est versé pour plusieurs en rémission de péchés.  » Matt. 26:28

Alliance nouvelle; ère nouvelle: il y a dans cette nouveauté quelque chose de l’ancien qui se meurt. La médiation naguère réservée aux hommes ‘messiés’, oints: voyants, prophètes, rois s’en vient à tous et à toutes, car cette nouveauté casse un élitisme ancien et répand les vertus de la messianité, l’onction[7], à tous ceux qui acceptent la seigneurie de YeHoWaH ; c’est ce qu’exprime Joël:

« Et vous saurez que je suis au milieu d’Israël, et que moi, YeHoWaH, je suis votre Èlohim, et qu’il n’y en a point d’autre; et mon peuple ne sera jamais honteux. Et il arrivera, après cela, que je répandrai mon Souffle sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards songeront des songes, vos jeunes hommes verront des visions; et aussi sur les serviteurs et sur les servantes, en ces jours-là, je répandrai mon Souffle. -Et je montrerai des signes dans les cieux et sur la terre, du sang, et du feu, et des colonnes de fumée; le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que vienne le grand et terrible jour de YeHoWaH. Et il arrivera que, quiconque invoquera le nom de YeHoWaH sera sauvé. Car sur la montagne de Sion il y aura délivrance, et à Jérusalem, comme YeHoWaH l’a dit, et pour les réchappés que YeHoWaH appellera. » (Joël 2:27-32)

Une promesse rappelée en Actes 2:17 par Pierre qui écrira en précision de ce changement, pour faire vivre la promesse d’Exode 19:6 :

« Vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Èlohim par Y’shua le Messie. » (1 Pierre 2:5)

« Mais vous, vous êtes une race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, un peuple acquis, pour que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière; vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple d’Èlohim; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde. » (1 Pierre 2:9-10)

D’où vient-il que le « car ils me connaîtront tous, depuis le petit d’entre eux jusqu’au grand, dit YeHoWaH » ait connu une régression telle que hors d’un canevas « religieux », le christianisme de l’indistinction de l’Alliance nouvelle devienne une chose donnée comme impossible? D’où vient-il que l’ombre esquissée via les hommes dont se servit Èlohim soit devenue la substance pour les continuateurs de Pierre, de Jacques, de Jean?

L’expression « homme d’Èlohim » est en soi un ancrage notionnel; un arrimage spirituel; une ligature nominale, et elle déteint forcément sur ceux qui ont le privilège d’en être nommés, ceux qui ont la grâce d’être désignés ainsi. Alors, qui est aujourd’hui, un « homme de Dieu »? Sont-ce les personnes consacrées d’une religion fût-elle chrétienne? Le présumé clergé? Une partie du clergé, à statut votif? Qu’est-ce qui confère le statut d’homme d’Èlohim? L’ordination? Les sacrements (qui à juste titre consacrent)?

Lorsqu’on sort de la Première Alliance, et qu’on pénètre dans l’ère de la grâce qu’inaugure notre Seigneur Y’shua le Messie, l’usage de l’expression « homme d’Èlohim » connaît un tarissement substantiel, et les deux seules occurrences de cette expression se trouvent dans les deux épîtres que Paul envoie à son compagnon d’œuvre Timothée, à qui il fournit la qualification statutaire et le vademecum organisationnel.

Dans sa première lettre à Timothée, Paul dit sans fioritures le statut de Timothée: « Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur. » (1Tim 6:11) Cette recommandation via laquelle Paul reconnaît le caractère « mis à part » de Timothée fait suite à une pénible constatation: il y a parmi les ouvriers des mercenaires dont la caractéristique est précisément l’enseignement de fausses doctrines, le non-attachement aux saines paroles de notre Seigneur et Messie Y’shua et à la doctrine qui est selon la piété, (1 Timothée 6:3) piété considérée par ces mercenaires religieux comme une source de gain (1 Timothée 6:5). Par-dessus tout, Paul recommande à son jeune collègue la ligne de conduite qui permet d’échapper à l’attrait et au piège de l’argent qui corrompt quantité d’ouvriers apostoliques:

«  Je te recommande, devant Élohim qui donne la vie à toutes choses, et devant le Messie Y’shua, qui fit une belle confession devant Ponce Pilate, de garder le commandement, et de vivre sans tache, sans reproche, jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Y’shua le Messie, que manifestera en son temps le bienayant et seul souverain, le roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir, à qui appartiennent l’honneur et la puissance éternelle. Amen! » (1 Timothée 6:13-16)

Bien entendu, celui-là qui vit attaché au Messie Y’shua, et se garde des écueils qui égarent les saints, trouve dans l’Écriture de quoi se parer contre ces ennemis que sont l’attrait de l’argent et l’égo qui enfle (2Tim 3:1-ss.). C’est pour établir la ligne de démarcation entre les mœurs qui sont celles des désormais nombreux prédicateurs, prophètes, guérisseurs, et celles de l’homme d’Èlohim (véritable) qui recherche « la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur » (1Tim 6:11) que Paul réitère cette qualification résumant ce profil de disciple de Y’shua œuvrant dans son temps: homme d’Èlohim (homme de Dieu).

Alors, qui est concerné?

Certains lecteurs du texte de la Nouvelle Alliance mettront en avant cet autre trait du personnage de Timothée: Paul et d’autres anciens lui ont imposé les mains pour matérialiser sa désignation comme ouvrier pour le Messie (1Tim 4:14 2Tim 1:6). En langage religieux, cela s’appelle « l’ordination ». Et quel que soit le titre que le « religieux » chrétien porte, d’aucuns en viennent à considérer que seuls ceux qui ont reçu l’ordination sont des « hommes de Dieu ». À qui il faudra invariablement adjoindre des « femmes de Dieu », titre dont le prétexte scripturaire suprême, Deborah, n’a pas bénéficié en son temps.agré2WomanOfGod_Purple

L’ordination étant de mon point de vue ce qu’il faut proprement appeler un faux-ami, c’est-à-dire une chose que l’on croit comprendre par ce qu’on a lu ou entendu, mais qui en fait est autre (quand l’anglophone dit « spectacles », et que vous croyez entendre le spectacle alors qu’il évoque des lunettes, quand il désigne le client d’un restaurant en disant « patron », et que vous comprenez qu’il vous montre le boss… ) force est de reconnaître qu’elle a été un outil efficace pour briser les liaisons dans le corps du Messie. En montant en épingle trois versets (Actes14:23; 1 Timothée3:1ss…; Tite 1:5) pour soutenir la pratique de l’ordination, la formule a été toute trouvée pour créer une caste dans le corps du Messie, lequel est pourtant une forme plus aboutie du concept de « peuple d’Israël » avec des appelés de tous horizons.  Lier l’appellation d' »homme d’Èlohim » à une quelconque ordination qui se dirait d’extraction néotestamentaire est le moyen le plus sûr de réhabiliter ce que le Seigneur a Lui-même rejeté:

 » Et Y’shua, les ayant appelés auprès de lui, leur dit: Vous savez que ceux qui sont réputés gouverner les nations dominent sur elles, et que les grands d’entre eux usent d’autorité sur elles; mais il n’en est pas ainsi parmi vous, mais quiconque voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et quiconque d’entre vous voudra devenir le premier, sera l’esclave de tous. » (Marc 10:42-44)

Celui qui se drape dans son ordination et qui recueille les honneurs des hommes, exerçant son « métier » ecclésiastique en courant tous les jours le péril de tomber dans ce contre quoi Paul mettait en garde Timothée (argent et ego) peut-il du fait de son ordination confisquer l’appellation d' »homme d’Èlohim »? Quid alors de ceux qui, sans titre, sans poste, sans honneurs institutionnels s’enhardissent à être des disciples, remplissant avec dévouement le cahier de charges édicté par Paul à Timothée de l’homme d’Èlohim?

Un ish ha’ Èlohim est avant tout:

– un croyant (cela exclut de nombreux ecclésiastiques et une théorie de fidèles infidèles, de croyants non-pratiquants et de pratiquants non-croyants),

– un frère (cela exclut quantité d’usurpateurs qui pensent réécrire la Bible par l’usage des marges et refaire l’ADN de l’ekklesia avec leur modèle entrepreneurial),

– un suiveur du Messie Y’shua (ce qui exclut une foule de « Leaders » qui demandent qu’on les suive, eux),

– et surtout un disciple (ceux qui demeurent en fidélité et en discipline dans le Messie)

Peuvent donc prétendre à être appelés « ish ha Èlohim », bien plus de personnes que dans l’Israël biblique, et beaucoup moins de gens que ceux qui hantent les regroupements dits chrétiens. Car l’enjeu de l’appellation de « ish ha Èlohim », c’est bien la marque d’une approbation, or il est écrit: « Celui qui sert Christ [de cette manière[8]] est agréable à Èlohim et approuvé des hommes » (Rom. 14:18) et « ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, c’est celui que le Seigneur recommande ». (2Cor 10:18)

 

Références:

– Frédéric Gangloff, “L’homme d’Elohim (’ish ha-Èlohim),” Biblische Notizen 100 (1999)

– Nikolaus Panagiotis Bratsiotis, in G. Johannes Botterweck & Helmer Ringgren, ed., Theological Dictionary of the Old Testament, Eerdmans, 1997, p. 235

– Raymond Sobakin, La figure de « L’homme de Dieu » (ish (ha) Elohim) dans la bible hébraïque, Pontificia Università San Tommas, Roma, 2006, 218 pages.

– Rabbi David E. S. Stein, What Does It Mean to Be a “Man”? The Noun ’ish in Biblical Hebrew: A Reconsideration, http://scholar.davidesstein.name/Memoranda.htm

 

Notes

 

[1] Frédéric Gangloff, “L’homme d’Elohim (’ish ha-Elohim),” Biblische Notizen 100 (1999): 60–70, en fait “une formule de vénération ou de respect désignant le serviteur idéal de Dieu”.

[2] Dans le panorama de la chrétienté professante, les groupes récusant dans le concret de leur vécu ecclésial l’organisation qui met une catégorie de croyants au-dessus du groupe sont infiniment peu nombreux. Et force est de reconnaître que la tentation du syndrome de Rama affecte ces groupes-là aujourd’hui, où l’appétit est férocement insidieux et rampant de s’abandonner à une ecclésiologie postapostolique avec des frères -et des sœurs- non pas parmi le troupeau, mais au-dessus du troupeau. J’appelle syndrome de Rama le saut relationnel qui affecte un peuple d’Israël par ailleurs copieusement enseigné par les péripéties de la sortie d’Égypte, et néanmoins désireux de cheminer comme les autres peuples, en ayant un guide, un conducteur qui marche devant eux, après le fiasco du veau d’or (Exode 32:23 « Or ils m’ont dit: Fais-nous un dieu qui marche devant nous »).

Et tous les anciens d’Israël s’assemblèrent et vinrent vers Samuel, à Rama; et ils lui dirent: Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent pas dans tes voies; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations. Et la chose fut mauvaise aux yeux de Samuel, qu’ils eussent dit: Donne-nous un roi pour nous juger. Et Samuel pria l’Éternel. Et l’Éternel dit à Samuel: Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te disent; car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, mais c’est moi qu’ils ont rejeté, afin que je ne règne pas sur eux. Selon toutes les actions qu’ils ont commises, depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte, jusqu’à ce jour, en ce qu’ils m’ont abandonné et ont servi d’autres dieux: ainsi ils font aussi à ton égard. Et maintenant, écoute leur voix; seulement tu leur rendras clairement témoignage, et tu leur annonceras le régime du roi qui règnera sur eux. (1 Samuel 8:4-9)

[3] Je précise encore que ce ne sont pas tous les chrétiens qui ont entériné cette césure injustifiable par les seuls textes bibliques. Il en est qui se réunissent et vivent leur foi sans le système clivant clergé/laïcat.

[4] On pourrait sans persiflage en inférer qu’un membre du clergé n’est par définition plus une brebis, puisqu’il dirige, gère, mène, guide.

[5] Bernard Reymond, Le protestantisme et ses pasteurs : une belle histoire bientôt finie ?, Labor et Fides, Genève, 2007, 116 p.

[6] Nikolaus Panagiotis Bratsiotis, in G. Johannes Botterweck & Helmer Ringgren, ed., Theological Dictionary of the Old Testament, Eerdmans, 1997, p. 235. Traduction: ntjufen

[7] « Pour vous, vous avez reçu l’onction de la part de celui qui est saint, et vous avez tous de la connaissance. » (1Jean 2:20) « Pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne; mais comme son onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est véritable et qu’elle n’est point un mensonge, demeurez en lui selon les enseignements qu’elle vous a donnés. » (1Jean 2:27)

[8] « Car le royaume d’Èlohim, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint Esprit. » (Romains 14:17)

Une réflexion au sujet de « « HOMME DE DIEU », DITES-VOUS? »

  1. Ping : Ish ha’Èlohim, « homme de Dieu , dites-vous? | «A l'école du Messie

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